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Thèmes d'application de la Méthode E.S.P.È.R.E. |
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Amour / Sexualité |
La part sombre de l’amour |
| par Jacques Salomé |
L’amour en ces débuts scintille d’une lumière éblouissante et quand il se découvre en réciprocité il transfigure, il magnifie ceux qui l’éprouvent et le partagent.
Mais partout où il y a de la lumière, il y a de l’ombre et l’amour n’échappe pas à cette règle, non qu’il soit porteur de zones obscures en lui-même mais tout se passe comme si sa propre vitalité allait révéler, mettre à jour des aspects de notre personnalité qui jusqu’alors se trouvaient en jachères ou restaient endormies.
Ainsi la jalousie, le désir de possessivité, le besoin de contrôle, et même l’envie d’appropriation qui vont se réveiller chez l’un des partenaires et commencer à polluer, à tarauder la relation au point de risquer de la blesser à jamais et de mettre à distance ou de faire fuir celui ou celle que pourtant on désire proche, tout proche.
« Au début, quand il me demandait qui j’avais rencontré, ce que j’avais fait dans la journée, j’éprouvais du plaisir à partager avec lui mon vécu, je voyais cela comme une marque d’intérêt et donc d’amour à mon égard. Et puis rapidement, je me suis rendu compte que son visage se fermait, qu’il se crispait, qu’il me demandait des précisions qui me paraissaient inutiles et infantilisantes. J’ai senti que je ne pouvais rien lui dire me concernant sans qu’il veuille en avoir plus et me faire me sentir en faute. Comme si je n’aurais pas dû accepter telle ou telle invitation, avoir tel ou tel échange, fait telle ou telle rencontre… La suspicion, puis l’enfer s’installèrent dans notre amour et commencèrent à dévitaliser notre relation. Même si je ne disais pas, c’était que j’avais quelque chose à cacher, donc que je ne lui faisais pas confiance… » |
Parfois ce seront des traits de caractère, des conduites totalement imprévisibles qui vont émerger et s’imposer dans la relation, au point de la maltraiter, et de l’enfermer dans une succession de conflits et de malentendus qui vont meurtrir et désespérer chacun des protagonistes.
« Quelques semaines après nos premières relations sexuelles, après un temps d’apprivoisement, mon ami devint incroyablement grossier. Il ne pouvait s’empêcher de m’insulter, de crier des mots orduriers, de s’exciter tout seul, de me demander de me soumettre à des pratiques que j’aurais bien acceptées si dans la façon qu’il avait de les exiger cela ne m’avait donné l’impression qu’il salissait nos rapports sexuels. Petit à petit, je sentais mon amour s’engloutir dans le désespoir ». |
D’autre fois, il s’agit chez l’un des partenaires de la remontée d’une inquiétude, d’une angoisse qui va se polariser sur un point de fixation tel que l’argent.
« Mon mari ne peut s’empêcher de me demander des comptes pour les achats que je fais. Il vérifie les factures, les notes et je sens toujours une espèce de suspicion, non seulement à l’égard des commerçants qui auraient pu tenter de me tromper, mais aussi à mon égard, sur le bien fondé, la nécessité d’avoir fait tel ou tel achat. J’étais comme une enfant qui devait rendre la monnaie en expliquant les détails du prix ! »
« Je le croyais généreux et ses amis auraient pu confirmer cela, car il donnait beaucoup, mais avec moi, dès la naissance de notre enfant, il commença à se montrer pingre et même avare. Le choix de ses cadeaux pour mon anniversaire obéissait à toute une stratégie très complexe et certainement conflictuelle pour lui. J’ai retrouvé un jour différents devis de bijoutier annotés de façon violente en face de certains prix. Le choix d’un menu au restaurant, la catégorie des hôtels en vacances, ne correspondaient nullement à nos revenus et ce qui aurait pu être notre train de vie. Il trouvait le moyen de retarder jusqu’au dernier moment pour ne choisir que des hôtels minables, qui n’avaient même pas une étoile. Il essayait d’obtenir des rabais sur tout. Je ne savais où me mettre ! » |
Il arrive aussi parfois, et c’est un des paradoxes de l’amour, qu’il serve de révélateur à des traits de caractères marqués à la limite d’une pathologie en sommeil. Elle va progressivement se réveiller et contaminer tout l’espace d’une relation. La proximité physique (et parfois l’envahissement), la cohabitation et l’occupation déséquilibrée (par l’un) d’un même territoire, une trop grande collusion entre intimité commune et partagée, et intimité personnelle et réservée, le besoin de se sentir accepter inconditionnellement, peut faire remonter à la surface des composantes qui vont se majorer (au cours des années) en présence de l’aimé ou de l’aimée.
« Au bout de quelques années, il m’a fallu me rendre à l’évidence : je vivais avec un pervers. Avec une intelligence retorse et une habileté jamais prise en défaut, il retournait toutes les situations contre moi. Il me laissait croire que j’étais une incapable, le cauchemar de sa vie. Il tirait un plaisir manifeste à me voir souffrir, me plongeait au fond du désespoir puis faisait semblant de m’excuser ce qui me plongeait encore plus dans la détresse… »
« C’est lui, qui avait pourtant désiré cet enfant, mais sitôt qu’il est né, mon compagnon commença à régresser. Il se comportait comme un petit enfant. Il devenait jaloux de l’attention, des soins que je donnais à notre fils. Il me proposa même de le donner en adoption ! Je me suis retrouvé avec deux bébés sur le bras et le plus petit des deux, n’était pas celui qu’on pensait ! » |
Il y aussi tous les auto-saboteurs que nous sommes capables de produire pour maltraiter une relation à laquelle nous tenons, pour déclencher ce que nous redoutons.
« Chaque fois, je ne pouvais m’empêcher de mettre en évidence tout ce qui ne s’était pas passé entre nous, au lieu de reconnaître et de valoriser tout ce qui s’était passé ! »
« Je lui faisais reproches de ce que pourtant je lui avais demandé, l’accusant de m’avoir séduite, alors que je savais parfaitement que c’était moi qui m’était arrangée, pour me faire inviter ce jour-là, en sachant qu’il serait là ! » |
Nous pouvons penser que l’amour nous confirme, nous consolide, qu’il nous fait grandir de l’intérieur, et c’est souvent le cas. Mais, il peut aussi, nous vulnérabiliser, nous entraîner à produire des conduites inadaptées, régressives ou outrancières et ainsi révéler des aspects de nous totalement anachroniques, déstructurant ou violents.
Le piège, c’est que celui qui aime garde l’espoir, que son amour sera suffisant pour faire changer l’autre, que toutes ces manifestations ne sont que provisoires, qu’elles vont s’arrêter et que l’aimé redeviendra tel qu’on l’a connu ou cru le connaître dans les débuts de l’amour. |
| Quand la part d’ombre de l’amour l’emporte sur sa lumière, il convient parfois de : soit de renoncer, soit de trouver la bonne distance, pour ne pas se laisser engloutir dans la grisaille ou les ténèbres. |
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