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Thèmes d'application de la Méthode E.S.P.È.R.E. |
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Parents / Enfants |
Car nous venons du pays de notre enfance… |
| par Jacques Salomé |
Le seul pays, dont nous sommes réellement issus, et qui marquera à jamais la vie de chacun, est le pays de notre enfance. Nous venons tous de ce pays. Mais certains enfants vont avoir un double ancrage. Des racines du côté des parents, bercées par une force de vie puissante, liées à des images au goût ancien, des odeurs spécifiques, un exotisme d’autant plus rare qu’il se nourrit à la nostalgie d’un passé inachevé. Ces racines encore implantées au pays des origines vont diffuser chez les enfants de l’immigration, une sève profonde qui circulera subtilement dans leurs corps mais qui risquera d’entrer en concurrence, en conflit de fidélité avec d’autres odeurs, d’autres images, une réalité plus présente associée au pays d’accueil de leur propre enfance.
Chacun de ces pays a un nom, une histoire, des valeurs, et quelles que soient les conditions dans lesquelles leurs parents ont quitté leur propre pays, quelles que soient les conditions de leur implantation nouvelle dans le pays d’accueil. Ces pays, même s’ils sont antagonistes, vont sécréter, chez les parents, chez leurs enfants des fidélités, des amours, des liens tenaces et nécessaires, mais qui peuvent se révéler parfois contradictoires, et même entrer en rivalité ou en conflits. |
Je voudrais m’adresser justement à ces enfants de l’immigration parentale, pour qu’ils puissent accepter de témoigner d’une double fidélité. Une fidélité possible au pays de leur enfance, sans avoir le sentiment de trahir leur fidélité au pays d’enfance de leurs parents. En les invitant à se respecter dans la diversité de leurs ressentis.
L’enjeu pour chacun sera, dans la possibilité de faire cohabiter deux fidélités : fidélité à soi, à leur histoire présente, fidélité à des êtres chers, à une histoire passée. Et pour illustrer ma proposition j’ai imaginé cette petite histoire… |
Il était une fois, un petit garçon et une petite fille qui étaient nés dans un pays diffèrent de celui de leurs parents. Ils avaient été élevés à la fois dans le souvenir de ce pays et dans la réalité de leur nouveau pays d’accueil. En eux circulaient des messages de vie d’origines différentes qui, dans les premiers temps de leur existence, dans l’intimité du cocon familial, avaient pu grandir et cohabiter de façon harmonieuse, nourrissante et bienfaisante.
Et puis en grandissant ces messages se révélèrent contradictoires, souvent antagonistes, parfois conflictuels. Chacun des enfants, fût à un moment donné ou un autre, confronté à un conflit de fidélité entre son besoin d’être fidèle à des “pairs”, c’est-à-dire ses semblables de l’école, du quartier, du village et son désir de rester fidèle à ses “pères”, à ses ancêtres.
Un jour ils rencontrèrent un homme qui avait lui-même traversé ce conflit, dans sa propre histoire et qui leur présenta avec beaucoup d’émotion, un pot dans lequel était planté un tout petit arbre.
Cet arbre est un ginkgo biloba, leur dit-il, un des plus vieux arbres du monde, on dit qu’il a même résisté à l’explosion nucléaire qui détruisit Hiroshima. Je l’ai planté dans deux terres différentes, une terre que j’ai fait venir du pays de mes parents et une terre de ce pays où je suis né. |
Les enfants demandèrent :
- Mais alors, il devra rester toute sa vie d’arbre dans ce pot ?
- Non seulement pour s’apprivoiser, car il mettra longtemps, longtemps pour devenir un arbre adulte…, mais pour l’instant il a besoin de ces deux terres pour croître. Plus tard je trouverai un lieu pour lui donner un espace et une place pour lui seul. Cet arbre symbolise mon besoin de nourrir mes racines aux deux sources culturelles dont je suis issu… |
Quelques mois plus tard, le garçon et la fille firent venir du pays de l’enfance des parents un gros sac de terre qu’ils se partagèrent… Ils trouvèrent plus difficilement de la terre sous leurs pieds, car il n’y avait que du macadam dans leur cité, pour la mélanger à celle qu’ils avaient reçue.
On dit que deux beaux arbres prirent racines dans ces terres mélangées et qu’un jour ils seront plantés dans un parc de leur ville… |
| Oui nous venons du pays de notre enfance et même si nous sommes imprégnés du pays de l’enfance de nos parents, c’est bien de notre enfance dont nous sommes issus. |
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