Thèmes d'application de la Méthode E.S.P.È.R.E.

Parents / Enfants

A propos d'inceste… oser parler et plus encore oser symboliser.

par Jacques Salomé
Pouvoir parler, cela veut dire accepter de se respecter, de se réapproprier sa propre parole, des mots à soi, mais cela suppose en premier de pouvoir trouver un interlocuteur à la fois suffisamment proche et distancié, pour aider à sortir du silence. Proche pour pouvoir accueillir et entendre, distancié pour permettre à celle qui se dit pour la première fois, d’être entendue, reçue. Proche et distancié pour pouvoir recevoir, sans être déstabilisé,  le trop plein des ressentiments, des peurs, la violence des blessures enfouies, de la souffrance engrangée.
Oser symboliser cela veut dire accepter de se débarrasser de la violence reçue, de la sortir de soi. En effet entreprendre une démarche de symbolisation consiste à "restituer", avec l’aide d’un objet symbolique la parole, le comportement, l’acte reçu qui a fait violence à celui qui l’a déposée en vous.
Restituer non comme un passage à l’acte,  en voulant blesser à son tour ou en culpabilisant, en essayant de faire violence à celui qui a violenté. Restituer pour ne pas garder. Cette approche est différente d’une démarche légaliste qui viserait à punir, à faire condamner, cela c'est l'affaire de la société et de sa justice, si vous souhaiter aller dans cette direction, pour sanctionner le violeur.
Ici, il s'agit plutôt de remettre, de redonner sa propre violence  à celui qui en était porteur, au moment du viol ou des actes de transgression posés sur vous.  Même si la relation que vous aviez à ce moment là (c'est souvent le cas avec certains pères) était empreinte de confiance, de douceur et d'amour, c’est une façon de se repositionner, de redevenir sujet, après avoir été objet d’une violence.
La démarche symbolique proposée permet de ne pas  garder en soi, l'énergie négative qui s'était inscrite dans le corps au moment de l’acte et qui reste présente chez la victime, durant de longues années, de retrouver une énergie plus dynamique  pour traverser les doutes, le sentiment d'injustice et se libérer de la violence engrangée, portée  jusque là, le plus  souvent,  dans le silence et la culpabilité. Restituer en s’appuyant sur un objet, un dessin et  un écrit qui sera remis à la personne, au parent,  responsable de l'inceste.

Quelques exemples de démarches symboliques.

Cette jeune femme a dessiné une main d'homme et à envoyé ce dessin à l'oncle (frère de la mère) avec le commentaire suivant :
  “J’ai aujourd’hui la force et le courage de te restituer ton geste, celui qui m'a blessée quand j’avais 12 ans. Ce geste qui a violenté mon intimité, dont j'ai été honteuse et meurtrie. Je te rends ainsi cette violence faite à mon corps. Cette violence est la tienne et je ne veux pas la garder plus longtemps.”
Cette autre femme dessinera un sexe, modèlera un phallus en pâte à sel, fera un paquet et l’enverra   à son père avec le mot suivant : … “Je te rends ton sexe-violence. Je te remets  aussi à ta place. Depuis tant d'années  que je ne pouvais t'appeler Papa. Tu avais perdu ta place de père, l'année de mes 9 ans. Cette violence Papa est la tienne, je ne veux plus la porter, je ne veux plus me fermer, craindre à chaque instant  les gestes d’un homme sur moi. Je vais vers ma vie de femme. Toi Papa tu verras ce que tu veux faire aujourd'hui de cette violence qui t'appartient. Si tu veux l'enterrer, la nier ou la reconnaître et ainsi te réconcilier avec toi même, cela est de ta responsabilité…”
Une jeune femme, écrivit un poème, telle autre passa une annonce dans le journal local. Elle avait été violée à l'âge de 12 ans par deux inconnus. “Aux deux inconnus, qui le 24 mai 1962 abusèrent de  la petite fille de 12 ans qui passait  par la Traverse des Lilas à Paris. Je rends leur violence. Je fais ainsi un pas hors de ma souffrance, je m’éloigne de cette honte terrible qui m'habita durant des années.
Je restitue leur violence à chacun.”
Une autre encore, écrivit à son père, envoya un objet symbolisant la violence reçue. Elle reçut une lettre extrêmement agressive et culpabilisante de la part de sa mère “Tu es folle d'avoir osé écrire  une lettre comme ça à ton père. Est-ce que tu veux sa mort ? Tu ne crois pas qu'il a mérité du repos après une vie de travail comme la sienne ! Je te préviens qu’a partir d’aujourd’hui je détruis tout le courrier venant de toi. Tu n'es plus notre fille…”. Malgré ce rejet, cette femme maintint sa position et quelques dix ans plus tard, son père lui écrivit pour lui demander pardon, pour tenter de se réconcilier avec ses petits enfants…
Ainsi il est possible, par la médiation d’actes symboliques, de commencer à se libérer, d'ouvrir un passage vers plus de vie, de se respecter en ne gardant pas à l’intérieur de soi des gestes, des conduites, des actes qui furent toxiques, violents, menaçants.
En remettant, chez l’autre, la violence reçue, en osant mettre des mots, en sortant ainsi du silence et de l'interdit implicite de parler c’est une véritable mise au monde que certains entreprennent ainsi.
Chacun trouvera l’objet, le sens de la démarche qui lui convient. Sentira les mots qui sont le siens au plus profond, au plus sensible de lui même. Ainsi il est possible, pour chacune, de se réconcilier avec la petite fille innocente qui l'habitait avant… l'irrémédiable. Chacune peut retrouver, aussi paradoxal que cela puisse paraître, un papa, en acceptant de reconnaître dans l'homme d'aujourd'hui le père qu’il n’était plus.
 

Jacques Salomé, est l'auteur de :
Une vie à se dire - Ed. Pocket
Le courage d’être soi - Ed. Pocket
Et si nous inventions notre vie ?  - Ed. du Relié

 
     
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