Thèmes d'application de la Méthode E.S.P.È.R.E.

Société

Le corps, pays de la juste mesure

par Jacques Salomé
Et si le corps était bien le pays de la juste mesure, comme l’écrivait, il y a quelques années Robert Faure, qui précisait sa pensée en nous rappelant que le corps est l’aboutissement d'une longue histoire pleine de patiences et de miracles. « Entre la joie innocente d'exister parmi toutes les créations de l’univers et les peurs ou les tourments de ne jamais y parvenir, le corps est pétri d'attentes, du besoin de se sécuriser et d’un désir infini de renouvellement. »
Notre corps porte non seulement notre vie, mais il est le réceptacle des possibles de toute notre humanitude, c’est-à-dire à la fois de notre vulnérabilité et de notre puissance, de nos errances et de ce que nous croyons être des certitudes et qui ne sont que des croyances provisoires auxquelles nous nous accrochons tenacement pour ne pas sombrer dans l’incohérence. Le corps est l’émetteur et le réceptacle de tout ce qu’il a de bon en nous comme du pire. La part d’ombre qui l’habite, qui se traduit parfois par tant de désolation et de désespoir autour de la violence et de la haine, n’est jamais très loin de la part de lumière qui peut le transcender et l’entraîner à la conquête des étoiles ou à la création du bon et du beau dont il s’entoure. Il est aussi un compagnon fidèle malgré toutes les maltraitances dont il peut être l’objet, il nous accompagnera jusqu’au bout d’un parcours appelé une existence humaine.
Le corps parle avec les langages de toutes les mémoires. Il balbutie parfois dans ses excès et ses errances quelques-uns des mystères sur ses origines lointaines, quand il cohabitait harmonieusement avec la totalité du vivant. Il continue à transmettre avec ténacité la vie ardente et à entretenir cette part d’éternité si incertaine autour de l’amour.
Il connaît les multiples pays de son histoire et garde en lui la trace de toutes les imprégnations qui ont participé à sa croissance.
Il connaît l’enthousiasme de ses élans, le désert de ses limites, les montagnes et les gouffres insondables de ses désirs, jusqu'aux frontières des besoins vitaux. Il se nourrit de rires et de musiques, autant que de vitamines et de protéines, il se gave de drames et de comédies, il s‘agrandit ou se blesse au contact des rencontres et des séparations qui traversent son existence. Il vit entre la fluidité de la vague et l'éternité du sable.
C’est toujours Robert Faure qui nous rappelle qu’« Au commencement, les dieux entrèrent dans le corps de l'homme, alors que les saisons n'étaient pas encore nées, et les hommes devinrent la maison des dieux. Toutes les faims, toutes les soifs entrèrent dans le corps de l'homme. Savoirs et non-savoirs, et toutes choses enseignables, strophes, mélodies, paroles liturgiques. Ce qui est Un, et multiple entrèrent dans son corps. Et les rires et les élans, et les jeux et les joies entrèrent dans son corps, et les pensées, et les rêves et les images. Le soleil et le vent se sont partagé l'œil et le souffle de l'homme. Ainsi naquit le corps, ainsi naquit le temps, le pays de la juste mesure ».
En chacun de nous se poursuit cette recherche de la juste mesure, ce désir de rencontre avec l’harmonie et la paix, rattaché à un besoin de complétude qui ne doit pas être confondu avec celui d’être satisfait ou comblé, mais qui est l’aspiration à se sentir réunifié, réconcilié malgré nos contradictions et nos conflits internes.
 
     
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