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par Jacques Salomé – psychosociologue et écrivain
Un magazine allemand (Publik-Forum) nous dit qu’une enquête révèle que “les allemands ont faim d’expérience religieuse”. Il semblerait même que 30% seraient des “créatifs sur le plan religieux !”. On appelle ainsi ceux qui veulent non seulement approfondir mais surtout élargir, leur tradition religieuse d’origine (tradition chrétienne en général) en les complétant par des apports d’autres religions, d’autres philosophies ou par les courants de sagesses orientales véhiculés par des maîtres spirituels contemporains.
Il y a aussi, parmi ceux qui s’interrogent ou qui sont en demande d’une spiritualité plus vivante, une forte proportion de “chercheurs de sens spirituel” qui, au cours de leur recherche, de leur quête de sens, ont recours à des fragments, à des morceaux de croyances issues d’écoles de pensées humanistes, mystiques, ésotériques très différentes, mais dans lesquelles ils vont puiser par bribes, ce qui correspond à leur sensibilité, à leur utopie ou à leur illusion du moment.
Cette individualisation de la spiritualité, si elle est très vivifiante et invigorante, peut conduire aussi à beaucoup d’impasses, même si dans un premier temps les associations faites, les absorptions, les apports vont stimuler et dynamiser le mouvement interne vers une élévation ou une transformation. Il peut arriver, par la suite, que ces démarches entraînent à des confusions, suscitent des mélanges, débouchent sur un patchwork de croyances hétéroclites qui nourriront une pensée spirituelle assez floue sinon fluctuante.
L’appel à un dieu, le recours à des croyances pour retrouver ou maintenir vivant le sentiment d’une essence spirituelle propre à l’homme, est certainement une des réponses à l’un de ses besoins les plus primitifs pour faire face à l’angoisse du présent, du futur et d’une après vie. Mais c’est aussi un moteur puissant de changement, de transformation personnelle, de transcendance pour se dépasser, pour tenter d’aller au-delà de ses possibles, pour se relier au divin ou au sacré et plus simplement peut-être pour donner au monde un peu plus d’amour, de respect, de compréhension et de tolérance.
Ce qui peut poser problème, c’est la dispersion actuelle, le mélange, la “consommation tout azimut” de pratiques ésotériques, mystico-magiques associées à un mysticisme qui fait confondre spiritualité et spiritualisme, reliance au divin et identification au divin.
La prolifération (et le succès) des sectes en est un exemple frappant. Il y a aujourd’hui comme une hémorragie, une fuite dans l’espérance, l’attente d’une compréhension spontanée qui supprime toutes les divergences , la révélation d’un amour universel, l’arrivée d’une présence divine, une prise en charge du désarroi et de la détresse par des entités, des anges gardiens, de guides extraterrestres qui seraient censés nous entendre et nous apporter non seulement la bonne parole mais la réponse, la solution, la possibilité de sortir, de dépasser notre condition humaine, de nous élever au-dessus de ce monde trop matérialiste et consumériste.
La crédulité sur ce plan est parfois pathétique et souvent affligeante, car elle débouche sur des conduites et des engagements qui créent des dépendances et vont à l’encontre d’une autonomie spirituelle qui elle, au contraire pourrait conduire chacun vers plus de liberté d’être.
La voie est étroite, le chemin labyrinthique, la route parsemée de leurres ou de signes pour ceux qui aspirent à se réconcilier avec la dimension du divin en eux ou au-dessus d’eux.
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