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par Jacques Salomé psychosociologue et écrivain
Les êtres humains sont stupéfiants. Ils peuvent devenir de véritables étonnateurs pour leur entourage (même quand ils ne le savent pas toujours !).
Chacun de nous est capable de tout et même de plus encore. Entre les bienfaits ou les méfaits d'un quotidien banal, nous pouvons nous laisser déborder, déporter ou emporter par des conduites bizarres, atypiques, surprenantes que nous n'aurions jamais imaginées quelques instants avant !
A la fin des vacances, qu'elle avait passé dans sa famille, cette amie m'a raconté l'histoire suivante : “Nous étions en vacances chez moi, la famille élargie était là, près de douze personnes et je préparais pour eux une purée. Quand soudain, entendant (une fois de plus) ma mère faire une remarque à mon fils, parce qu'il avait laissé des traces sur le carrelage, j'ai jeté des cuillères de purée dans toute la pièce, jusqu'au plafond, je riais de plaisir en m'écriant : - des traces, à vous ne voulez pas de traces et bien moi je vais vous en donner ! Tout le plat (une purée pour douze) tapissa murs, plancher, plafond et même le visage et la robe de ma mère, qui attirée pour cette explosion reçu, je crois, la part qui lui revenait !”.
Exploser, péter les plombs, peut arriver à chacun d'entre nous, si notre seuil de tolérance est atteint. Mais d'autres comportements atypiques peuvent surgir, quasiment à notre insu.
“Je revenais du Pérou, raconte cette femme, où j'avais signé les derniers papiers pour une adoption et, juste avant de monter dans l'avion, j'avais téléphoné en France, à mon mari, pour lui dire mon bonheur et mon plaisir à l'idée de le retrouver, demain matin. Tout contre le hublot, je rêvais éveillée, quand mon voisin, dont j'avais seulement remarqué les mains, que j'avais trouvées belles et puissantes quelques instants plus tôt, s'est penché sur moi – bonjour - m'a-t-il dit, en déposant délicatement une couverture sur mes jambes et les siennes. Je crois que je lui ai souris ou est-ce à mon rêve ? Quelques instants plus tard, il glissait sa main sous ma jupe. J'ai joui en quelques secondes. Nous avons poursuivi à deux reprises dans les toilettes de l'avion. J'ai vécu cette rencontre comme un cadeau. En descendant du taxi, devant chez moi, j'ai déchiré la carte qu'il m'avait remise. Je n'ai jamais connu son nom. Tout s'était passé entre nous, sans mots, dans un accord tacite. Jamais, au grand jamais je n'aurais imaginé que je puisse accepter de vivre cela, sans aucune culpabilité, sans regret non plus”.
Il y a ce qui s'est passé et ce que nous en faisons. Il y surtout ce qu'il en reste. Petites histoires qui s'inscrivent dans une histoire plus grande, petits affluents (ou torrents impétueux) qui nourrissent le fleuve trop tranquille d'une vie ! Je ne sais.
“Je roulais à quatre-vingt à l'heure sur une belle départementale, quand j'ai juste entrevu un panneau marqué : Estancarbon. Cent mètres plus loin, je faisais demi tour, quittais la départementale et dix kilomètres plus loin, j'entrais dans ce petit village (cent quatre habitants !). Quand je me suis arrêté j'étais (je l'ai découvert au même instant) devant la maison où ma mère avait vécu son enfance… et j'ai pris le petit chemin qu'elle prenait pour aller garder les trois vaches dont elle avait la charge. C'est dans cet endroit que je me suis réconcilié avec ma propre enfance, que j'ai lâché prise sur mes révoltes…”.
Ces comportements imprévisibles ont toujours du sens. Ils disent à leur façon une part de l'indicible (ou de l'insupportable) qui nous habite. Ils nous évitent certainement des passages à l'acte plus violents, des somatisations et autres auto-agressions que nous pourrions inscrire dans notre corps. Peut-être pouvons-nous remercier cette folie passagère qui nous libère de beaucoup de tensions malsaines, trop longtemps accumulées dans les silences de nos possibles.
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