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par Jacques Salomé psychosociologue et écrivain
Déjà tout enfant, sur les bancs en bois satinés de l’école primaire, je rêvais d’une école différente. Dans ce temps là, j’imaginais une école où les récréations seraient plus longues, où la cour de l’école comporteraient plusieurs territoires : un bois bien sûr, avec des arbres suffisamment grands pour pouvoir grimper dessus et faire des cabanes jusqu’à leur cimes, et puis des coins secrets où il serait possible de se cacher pour partager les secrets que les adultes ne pouvaient comprendre, et enfin un endroit où il serait possible de tout faire : de creuser, de bâtir, de déconstruire, de planter ou de cultiver…
Plus tard j’ai rêvé d’une école où il n’y aurait pas de punitions et surtout où le maître ou la maîtresse, comme on disait à cette époque, mettrait en valeur devant les autres l’une ou l’autre de mes qualités (rares et précieuses) et non pas mes insuffisances (nombreuses et multiples). Une école où il aurait été possible de parler, de se dire et surtout d’être entendu.
J’ai rêvé aussi d’une école où il serait possible de partager réellement ce que l’on sait sans courir le risque d’être disqualifié ou rejeté. Une école qui aurait renforcé ma confiance, une image positive de ma personne, le goût du beau.
Aujourd’hui je rêve d’une école où il serait possible de transmettre au delà des savoirs de base (lire, écrire, compter, s’exprimer) et des savoirs faire indispensables pour développer les ressources propres à chaque enfant (afin de leur permettre de vivre en société et de tenir plus tard leur place d’adulte dans un monde en mutation). Je rêve d’une école où il serait possible de transmettre du savoir être (être mieux avec moi même), du savoir créer (en s’appuyant et en valorisant ma créativité), du savoir devenir (en me préparant à affronter l’imprévisible, les changements et les bouleversements à venir).
Et comme je ne me refuse rien, puisque je suis dans un rêve, je rêve d’une école où l’on apprendrait à reconnaître, à cultiver et à aimer la beauté. La beauté sous toutes ses formes, celles de la vie ardente qui nous entoure, de la nature et de son immense générosité, des œuvres d’art naturelles et celles imaginées par les humaines, de l’esprit et de toutes les actions merveilleuses dont sont capables parfois les hommes.
Dans ce rêve, vous l’avez entendu à demi-mot, il y aurait des enseignants relationnels. Des enseignants qui auraient le souci d’établir une relation vivante avec chaque enfant, qui transmettraient les prémices, les fondements d’une communication sans violence, dans laquelle les rapports de force n’existeraient pas.
Des enseignants qui proposeraient et se donneraient les moyens de créer avec chaque enfant des échanges en réciprocité, des partages dans lesquels seraient exclus les jugements de valeur, les disqualifications, les culpabilisations, les collusions entre la personne et le comportement, où les rapports dominants - dominés n’auraient plus de raison d’être !
Des enseignants qui considéreraient que la communication relationnelle est la sève vivante qui nourrit la confiance en soi, le respect d’autrui et la tolérance.
Des enseignants qui auraient le souci de mettre en place dans cette mini société qu’est une école, les ancrages indispensables pour une cohabitation sereine et une existence harmonieuse.
Des enseignants qui accepteraient de transmettre des règles d’hygiène relationnelles communes, susceptibles d’être non seulement appliquées dans l’univers scolaire, mais qui pourraient aussi être transmises à la famille. N’ai-je pas appris à 8 ans à réconcilier ma mère avec la lecture. Elle qui avait quitté l’école à 10 ans et qui ne savait plus très bien lier les mots entre eux, mais qui disait chaque fois qu’elle lisait quelque chose de nouveau « ce doit être vrai, puisque c’est écrit ! »
« Entre le rêve et la réalisation, disait ma grand-mère, il y a seulement un pas à franchir en dehors de sa tête et un geste à faire en dehors de ses habitudes pour cheminer autrement avec un autre ».
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