|
par Jacques Salomé – psychosociologue et écrivain
Je reste étonné par la créativité, les capacités d’adaptation, le sens de l’improvisation des enfants pour faire face à l’imprévisible de la vie. Cela me chagrine ou m’enthousiaste, mais c’est toujours une leçon pour rester ouvert et attentif aux enfants qui seront les adultes de demain et qui auront à transformer, à améliorer ou à maltraiter ce monde qui sera celui de leur enfants à venir.
Devant un rayon de supermarché, une petite fille (8/9 ans) réclame à sa maman une paire de lunettes rose qu’elle montre du doigt. La mère refuse. La fillette croise ses bras sur sa poitrine, se plante devant le rayon et s’écrie : « Vivement que je sois au chômage pour que je puisse m’acheter ce que je veux ! ».
A la caisse d’un grand magasin, un enfant (6/7 ans) réclame un paquet de bonbons dont il s’est emparé dans le présentoir. La mère refuse, il insiste, nouveau refus, il s’écrit alors : « Si tu ne veux pas, attention à toi, je compte un, deux, trois et puis je crie ! ». La mère obtempère et achète les bonbons.
Deux enfants parlent ensemble sous le préau. C’est une fille qui chuchote : « Mes parents c’est comme les tiens, ils ont divorcés. C’est triste qu’ils soient divorcés tu ne trouves pas ? Maintenant ils ont chacun un appartement, mais parfois mon père quand il est seul, il vient dormir avec maman… ».
Au moment de “l’affaire Dutroux”, en Belgique, dans la cour de récréation certains enfants avaient inventés un nouveau jeu. Un garçon s’élançait en criant : « Je suis Dutroux ! Je suis Dutroux ! » et se précipitait sur les autres. Celui ou celle qui était saisi se mettait à criait : « Je ne veux pas, je ne veux pas ! ». Et “Dutroux” lui disait avec une voix grave, en la saisissant pour l’emmener dans un coin de la cour surnommé depuis quelques jours “la cave à Dutroux” : « De toute façon personne ne t’entendra ! ».
Quatre ou cinq petites filles jouent “à la marchande”. Elles ont des faux billets et chacune est à la fois vendeuse et acheteuse. Il y a la boulangère, l’épicière, la pharmacienne et la “dame des parfums”. Celle-ci a bien perçu que les parfums sont plus chers que tous les autres produits, ce qui fait qu’elle encaisse plus d’argent. Cela met les autres en difficulté pour pouvoir acheter. À un moment donné elle leur dit : « Vous pouvez aussi payer avec du vrai argent ! ».
En maternelle, un petit garçon annonce que bientôt il va “avoir une petite sœur”. Une petite fille enchaîne : « Moi aussi je vais avoir une petite sœur, malheureusement, la mienne n’aura pas de papa, parce qu’il a frappé ma maman, il y avait du sang dans la baignoire et maman a dit qu’elle ne voulait plus le voir ! ».
Je me rassure en me disant que si un enfant peut mettre des mots sur quelques unes de contradictions ou certaines horreurs de la vie, tout n’est pas perdu, peut être arrivera-t-il à traverser tout cela sans trop de risques.
|