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par Jacques Salomé psychosociologue et écrivain
C’est sa petite nièce, qui m’a parlé de son grand oncle, le docteur Tchesnov, qu’elle appelait familièrement “Nunky”. J’ai trouvé ce qu’elle m’en a dit si étonnant que j’ai voulu en garder la trace.
« Mon oncle que nous appelions “Nunky”, était d’origine lituanienne, mais il avait fait ses études de médecine à Moscou et s’était spécialisé dans les maladies vénériennes.
Il fut l’un des médecins qui soigna Lénine pour sa syphilis, durant les dernières années de sa vie.
Après la mort de Lénine, il émigra en Italie et dut recommencer ses études de médecine, pour pouvoir pratiquer son art et sa passion : apaiser la souffrance. Avec l’arrivée de Mussolini au pouvoir, il dut s’exiler en Angleterre et encore recommencer ses études de médecine. Il avait souvent pesté (en russe, en italien, en anglais, parfois en allemand) contre l’absurdité de contraintes qui l’infantilisaient, mais n’hésitait pas à partager son savoir et son immense expérience, avec les professeurs qui étaient chargés de valider sa formation. Enfin stabilisé à Londres, il fut toute sa vie, un homme rempli d’humanitude. Tard dans la nuit, après sa journée d’hôpital, il soignait à son domicile, les prostituées et les chauffeurs de taxis, atteints de maladies vénériennes. Pour ses malades du “soir” il utilisait beaucoup de traitements de type placebo, en disant « les gens qui se croient malades, ont besoin de parler, alors je les écoute ». Quand nous prenions un taxi, la plupart des chauffeurs qui le connaissaient, s’écriaient en riant à gorge déployée : « Hello Doctor, vous acceptez enfin de me consulter dans mon taxi ? » Ils étaient fiers d’être soignés par le médecin qui avait eu Lénine comme patient. Ils ne lui faisaient jamais payer la course !
Mon grand oncle n’était pas très grand, j’avais 12 ans et il avait la même taille que moi, mais il était large et costaud, avec une chevelure très abondante, comme en portent aujourd’hui certains afro-américains.
Il disait de sa sœur, qui était ma grand-mère : – « c’était la plus belle fille de Riga, ton grand père a fait sa conquête en empruntant quatre chevaux et un tilbury anglais et en passant plusieurs fois par jours durant trois jours sous ses fenêtres, debout en hurlant à des chevaux des ordres dans une langue qu’il avait inventé pour la circonstance. Ta grand-mère a été séduite par sa voix et surtout par l’assurance avec laquelle il parlait aux chevaux ! » –
Mon grand oncle était très distrait. Il adorait faire la cuisine et mettait pour cela un immense tablier rouge, il n’était pas rare de le voir partir à l’hôpital, en tablier oubliant son veston. Quand il mourût ils furent nombreux ceux qui l’accompagnèrent au cimetière ». Et sa nièce ajouta « C’est homme ne fut jamais célèbre, mais dans mon cœur il l’est car c’était un homme de cœur et d’humour qui savait partager son savoir ».
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